La photographe Carol Müller (lien externe) exposera son travail sur le Teufelsberg (lien externe) début 2027 à Berlin. Elle présente ainsi le petit film qu'elle a monté pour cette occasion et dont j'ai composé la musique :
Une course fiévreuse dans la nuit du Teufelsberg. Des flammes de lumière déchirent l'obscurité, la forêt se troue, les corps luttent, le paysage entre en transe. Au loin les avions des bombardements, les balles perdues, les ruines qu'on déverse, les émissions sonores des installations militaires de la Guerre froide et les bêtes qui jappent. Entre forêt et ruines, Teufelsberg est un paysage en apnée, chargé de strates de guerre, de surveillance et de mémoire. Le film est une veille nocturne où le passé affleure moins comme une image que comme une rumeur.

Les indications de Carol Müller étaient très précises. Elle voulait entendre ce qu'on ne voit pas : un glapissement de renard, le survol d'un bombardier, des gravats, du morse, la voix de Léonid Brejnev, le grognement d'un berger allemand, un crépitement parasite, une grille en métal que l'on referme... J'ai monté tous ces sons avec les cordes de l'orchestre et un peu d'électronique pour fictionaliser ces trois minutes très mystérieuses. On s'enfonce dans l'obscurité, celle de plusieurs passés successifs et d'un présent tout aussi envoûtant.
Je ne suis encore jamais allé à Berlin. J'aurais bien aimé en profiter pour y faire un saut, mais je suis grand-père de garde début février...
→ Carol Müller, Teufelsberg von sprechen der Steinen, exposition à la Kommunale Galerie Berlin (lien externe), dans le cadre de EMOP (Europaïschen Monat der Photographie), du 4 février au 15 avril 2027